Revue de Presse Internationale 2011 /// EVER MAGAZINE 2011

Chaque jour, EVER Magazine scrute les médias du monde entier pour vous apporter une revue de presse internationale. Alors que nous tournons la page 2011, il est donc temps de faire un bilan de cette année mouvementée, entre Printemps Arabes, Tsunami au Japon et crise de la dette européenne. Une façon pour vous de scruter une dernière fois ces douze mois écoulés avant de faire le grand saut vers 2012.

PRINTEMPS ARABES COVER /// EVER MAGAZINE 2011

L’année 2011 s’est écoulée sous le signe de la révolte : le Time ne s’est pas trompé en prenant pour personnalité de l’année le manifestant. Révoltes au pluriel, à commencer par le Printemps Arabe. Inaugurés le 17 décembre 2010 en Tunisie, avec l’immolation du vendeur ambulant Mohammed Bouazizi, ces mouvements de contestation ont pris diverses tournures en Egypte, au Yémen, en Libye à Bahreïn et en Algérie, mais se recoupent sur certains points : un ras-le-bol de la corruption gouvernementale, d’une situation économique plus lourde de jour en jour et une soif de démocratie. Dans la plupart de ces pays, le peuple est parvenu à se faire entendre : Ben Ali a quitté le pouvoir le 14 janvier, Moubarak le 11 février, et Kadhafi a été tué le 20 octobre.

Mais avec le cas libyen, la révolution prend définitivement une tournure militaire. Lorsque les premières manifestations s’organisent en février à Tripoli, la réplique du régime est en effet plus violente que nulle part ailleurs : l’implication de l’armée nationale et la menace de bombardements des populations civiles entraînent une réponse internationale, qui instaure une zone d’exclusion aérienne au-dessus du pays. Le 17 Mars, la coalition étrangère décide d’intervenir, déterminée à utiliser « toutes les mesures nécessaires pour protéger les civils ». Le conflit durera jusqu’en octobre 2011, avec la mort de Kadhafi et la formation d’un gouvernement de transition.

Un peu partout, pendant ce temps, de nouvelles structures gouvernementales se forment. En Tunisie, après une multitude de remaniements, le parti Ennahdha est élu le 25 octobre, et Moncef Marzouki nommé Président le 13 décembre. En Egypte, la junte militaire prend le contrôle du pays, ce qui ne tarde pas à soulever de nouvelles protestations, y compris après le scrutin du 28 novembre (le premier en 80 ans) qui mène les Frères Musulmans à la victoire.

 

Ces avancées spectaculaires contiennent néanmoins quelques bémols : la place de la femme est encore sur la sellette, le rapport étroit entre les gouvernements et l’Islam fait polémique. Le sort de la Syrie, enfin, est loin d’être réglé. Réprimée dans le sang dès le 19 mars, la révolte des opposants au régime de Bashar al-Assad n’a cessé depuis de prendre envers et contre tout plus d’ampleur. Depuis le 4 octobre, les membres de l’ONU ont établi plusieurs projets de résolution afin de sanctionner le gouvernement. Une intervention, comme celle en Libye, aura-t-elle lieu ? La situation de ce pays, pour l’instant, demeure sans issue.

A la mode d'Occupy Wall Street

Le manifestant, néanmoins, ne vient pas seulement du Moyen-Orient. Il porte le masque et campe sur les places des plus grandes villes occidentales.

Été 2007 : crise des subprimes aux Etats-Unis. Voilà l’élément déclencheur de la crise économique que le monde entier subit de plein fouet depuis bientôt cinq ans. Au-delà des problèmes financiers, du terrible sort réservé à la Grèce, à l’Irlande, ou encore à l’Espagne, pour ne citer qu’eux, cette crise a entraîné une véritable prise de conscience sur la situation et la façon dont est gérée l’économie mondiale. De cette prise de conscience est né le mouvement des Indignés, vite repris et dépassé par son jumeau Occupy Wall Street.

 

Comment expliquer l’ampleur prise par ce mouvement de protestation ?

Les Indignés font parler d’eux pour la première fois le 15 Mai 2011, lorsqu’un appel à la manifestation est lancé simultanément dans 58 villes d’Espagne. Des milliers d’Espagnols répondent à l’appel, attirant sur eux l’attention des médias. Rapidement, des camps entier de manifestants se forment, regroupant des gens d’horizons disparates (avec néanmoins une majorité de jeunes diplomés au chômage), se détachant de toute influence politique, et dénonçant les abus des dirigeants politiques et la gestion capitaliste et forcenée du monde économique et financier. Le mouvement dérange, intéresse et surtout, rassemble. Le 15 Octobre a lieu la journée mondiale des Indignés, à laquelle participent des centaines de milliers de personnes dans 82 pays différents.

C’est aux Etats-Unis que le mouvement rencontre le plus de succès, avec l’apparition d’Occupy Wall Street, centralisé à Zuccotti Park, en plein cœur du quartier d’affaires de New York. Lancé par le réseau de hackers Anonymous et la fondation Abducters, le mouvement Occupy devient vite populaire et se répand comme une traînée de poudre dans 146 villes du pays. Bien que pacifiques, les militants se heurtent à une forte répression : camps démantelés par la police, arrestations massives, parfois même affrontements avec la police… Mais continuent de faire parler d’eux, notamment le 17 Novembre, qui signe les deux mois du mouvement, jour au cours duquel on dénombre une dizaine de blessés et plus de 200 arrestations.

Peut-on relier ce mouvement aux émeutes de Londres de l’été 2011 ? Il s’agit d’Indignés d’un autre genre, car si dans le fond les motivations sont les mêmes, dans la forme, ces manifestations sont radicalement différentes. À la fin du mois d’août, la population londonienne fait face à la police au cours d’affrontements particulièrement violents, qui plongent la ville dans le chaos pendant plusieurs jours.

GRECE CRISE DANS LA CITE /// EVER MAGAZINE 2011

Les Printemps Arabes ainsi que le mouvement OWS ont donc un dénominateur commun : l’économie. Depuis 2008, la crise n’a en effet cessé de prendre de l’ampleur, touchant de plus en plus de pays, jusqu’à la Chine, que l’on pensait insubmersible. Et à partir d’octobre 2009, la dette publique de nombreux états est sous surveillance, situation qui s’aggrave encore en 2011. En Grèce, le pays est à la fin de l’année 2011 toujours en tractation avec l’Europe, ceci malgré le démantèlement du gouvernement de Papandreou.

L’Irlande avait bénéficié d’un plan de sauvetage européen en 2010, c’est au tour du Portugal, cette année, de faire appel à l’Union Européenne ainsi qu’au FMI. Les prochains pays sur la liste ? L’Espagne, la Belgique, ou encore l’Italie, dont l’indétrônable Sivio Berlusconi se voit finalement, le 16 novembre, débouté.

La particularité de l’année 2011 tient donc avant tout à cet effet domino, succession de faillites nationales qui finit par toucher les grandes puissances mondiales. Le 5 août, Standard & Poor’s rabaisse la note des Etats-Unis pour la première fois dans l’histoire du pays : de AA+, elle passe à AAA. La structure elle-même de l’Europe se voit bousculée par ce phénomène. Le 8 et 9 décembre, les pays membres se mettent d’accord sur un nouveau traité. Ce compromis destiné à renforcer la discipline budgétaire de la zone euro compte néanmoins quelques réfractaires : la Suède et la République Tchèque demandent à consulter leur Parlement, le Royaume-Uni le refuse catégoriquement. En 2011, la crise économique est également devenue diplomatique.

Et prend même une drôle d’allure, lorsqu’on songe que le directeur du Fonds Monétaire International était, jusqu’au 18 mai 2011, Dominique Strauss-Kahn.  Quatre jours auparavant, il est en effet arrêté à l’aéroport JFK de New York, et accusé de viol sur la personne de Nafissatou Diallo. Démarre alors un feuilleton juridique digne des plus grands polars, dont voilà les grandes lignes :

14-18 Mai : DSK est arrêté et placé en garde-à-vue, avant de se voir transféré à la prison de Rikers Island sur décision de la juge Melissa Jackson. C’est là qu’il rédige sa lettre de démission en tant que Directeur Général du FMI.

19 Mai-6 Juin : les audiences s’enchaînent pour DSK, libéré de prison mais assigné à résidence tandis que le scandale enfle, aux USA et en France, où l’affaire Tristane Banon refait surface. L’homme politique risque alors jusqu'à 74 années de prison aux USA. L’enquête se déroule sous le regard attentif de la presse internationale, qui guette le moindre rebondissement. Et elle n’est pas déçue. Naffisatou Diallo se voit peu à peu discréditée, et l’affaire prend une tournure radicalement différente. La bataille juridique fait rage, les avocats des deux parties se livrent une guerre à coups de vice de forme et de conférences de presse assassines.

Finalement, après 4 mois, DSK est relaxé et autorisé à rentrer en France, mais l’affaire n’est pas finie pour autant : Diallo engage une procédure au civil, l’affaire Tristane Banon commence et tout espoir de conquérir la Présidence de la France semble s’être envolé. Depuis, le feuilleton continue, entre accusations douteuses et scandale hôtelier.

Al Qaïda - La base Décapitée

Mais si l’on revient au mois de mai 2011, où cette affaire a commencé, un autre événement secoue alors bien davantage l’Amérique. Dans la nuit du 1er au 2 mai 2011, Oussama Ben Laden est en effet tué par un commando de force spéciale à Abbottabad  au  Pakistan. Théorie  du complot mise à part, certaines questions au sujet de cette mort restent en suspens dans les médias: était-il la cible parfaite pour augmenter la côte de popularité d’Obama ? Ou bien la seule victime d’un raid lancé par les forces américaines au Pakistan ? La réaction au Moyen-Orient, ainsi qu’en Afghanistan, se place du côté du martyr, d’une icône de la rébellion anti-américaine. Aux Etats-Unis, cette disparition renvoie avant tout dix ans en arrière, à une semi-justice rendue aux victimes du 11 septembre : -

Même si cette « base décapitée » est loin de voir démantelé le réseau jihadiste, elle signe une nouvelle ère dans la conception du terrorisme tel que nous l’entendions. 2011 est une date symbolique en cela qu’elle demeure l’anniversaire des dix ans des attentats du World Trade Center.

GBAGBO La Fin ?

Avec le départ des troupes américaines d’Irak et prochainement d’Afghanistan, les conflits se déplacent et d’anciennes tensions ressurgissent. La crise en Côte d’Ivoire en est un des exemples.

L’élection présidentielle de 2010 marque un tournant dans l’ère du pays, avec l’arrivée du candidat opposant Alassane Ouattara, qui remporte le scrutin avec 54,1% des votes. Mais Laurent Gbagbo refuse de quitter le pouvoir. Tandis que la situation divise le pays en deux, la France et la communauté internationale apportent leur soutien à Outtara, la présence de l’ONUCI  est mal vu par la population. Après plusieurs mois de guerre civile, d’affrontements militaires et de négociations, la résidence présidentielle est assiégée par les FRCI (Forces républicaines de cotes d’ivoires), et Gbagbo arrêté avec son épouse Simone, le 11 avril 2011. Il est incarcéré depuis le 30 novembre à la Haye, pour quatre chefs d’accusation dont crime contre l’humanité.

En Côte d’Ivoire, il reste encore à Alassane Ouattara la tâche de redresser la situation économique du pays, d’y rétablir la sécurité et de réunifier le peuple ivoirien qui sort affaiblit et divisé par ces mois de crise.

 

Les conflits se déplacent, les phénomènes de terreur aussi. À la fin de l’année 2011, la crainte principale du gouvernement américain et plus généralement de l’Occident est l’attaque de « loups solitaires » : d’individus se réclamant d’un groupe mais agissant seul. L’année passée a ainsi été marquée par les attentats de Norvège. Le 22 juillet 2011, la première attaque a lieu au centre-ville d’Oslo près du bâtiment ministériel, attaque à la bombe qui fait 8 morts et plusieurs blessés graves. Quelques heures plus tard, 69 personnes sont abattues à l’arme à feu sur l’île d’Utoeya, où des jeunes venaient manifester. La police pense d’abord a une attaque terroriste, jusqu’à ce que le 30 juillet, un homme revendique l’attentat : il s’appelle Anders Breivik. Interrogé par la police, il avoue et explique son acte par une volonté de sauver le monde de la religion musulmane. Inconnu des services de police, Anders Breivik est un partisan d’extrême droite et est perçu comme un fondamentaliste chrétien. À ce jour l’homme n’a éprouvé aucun remord pour les victimes et a été déclaré, le 29 novembre, pénalement irresponsable de ses actes.

Aux Etats-Unis, l’attaque de Tucson, le 8 janvier, sème également la panique : au cours d’un meeting politique, Jared lee Loughner tire dans la foule. Il donne la mort à 6 personnes et en blesse 18, dont la députée Gabrielle Gifford.

La Belgique, enfin, clôt l’année « en beauté » le 13 décembre. Quatre personnes trouvent ce jour-là la mort, à Liège, à un arrêt de bus. L’arme utilisée est une grenade et l’auteur s’appelle Nordine Amrani.

ORIGAMING

Bouleversements politiques, renversements économiques, transformation des conflits armés, certains voient dans cette année mouvementée les prémisses de l’Apocalypse, censée survenir le 21 décembre prochain si l’on en croit le calendrier Maya. La fin du monde est-elle proche ? Aucune explication scientifique tangible ne confirme cette interrogation, mais elle a bien traversé tous les esprits le 11 mars dernier, alors qu’une vague géante terrassait le Japon.

Il faut rappeler le grand vent de panique qui a soufflé ce jour de mars : à 14h46, un tremblement de terre de magnitude 9.0 fait trembler la province de Myagi, déclenchant un tsunami dont les vagues dépassèrent les 10 mètres de hauteur. Pendant plusieurs heures, l’alerte est lancée dans plus de vingt pays, de la Chine jusqu’en Californie. Rapidement désamorcée, tous les regards se tournent à nouveau vers le Japon, où le cataclysme naturel aura, en tout, fait 15 689 morts, ne tardant pas à se transformer en catastrophe nucléaire.

« #Japon : Les centrales nucléaires de Fukushima ont été fermées. Malgré les craintes, il semble que tout risque soit écarté. » Le premier tweet que les médias du monde entier envoient au sujet de Fukushima, et nous les premiers, est une contre-information, rapidement démentie. Le tsunami a en effet entraîné l’arrêt des systèmes de refroidissement des réacteurs, ce qui induit des fusions partielles de cœur dans trois réacteurs puis d’importants rejets radioactifs. Après avoir été niée, puis relativisée, par le gouvernement japonais, la catastrophe est classée au niveau 7 (le plus élevé de l’échelle INES), et comparée pour cette raison à Tchernobyl. Le 23 mars, un nuage radioactif passe, entre autres, au dessus de la France.

 

Pour EVER Magazine, Julien Bachelet, Laure Lou Tardy Joye et FREON avaient réalisé pour l’occasion une vidéo, symbole d’une panique sans doute paranoïaque mais sur laquelle nous vous laissons, en espérant vous retrouver à la même date, l’an prochain.

Lucille Dupré

Alicia Mihami

Marie Kilama