Beauty is You - Layticia Audibert - ©Dan Carabas /// EVER MAGAZINE 2011

Layticia Audibert est une femme multiple.

Elle est artiste peintre depuis trois ans, avec un succès grandissant, mais également directrice juridique, avocate de formation. Elle vient en outre de sortir son premier roman, De mort et d’eau fraîche, aux éditions Kirographaires. Cette femme ravissante, née à Nice en 1975, questionne de fait la beauté sous de nombreux aspects. Avec un petit, comme un grand B, et se livre, en exclusivité pour EVER MAGAZINE.

 

 

EVERMAGAZINE : La beauté est éphémère. De mort et d’eau fraîche raconte l’histoire d’un homme qui n’a plus que 7 jours à vivre : cette idée de l’impermanence des choses est quelque chose qui vous tient à cœur ?
 

L.A. : Tout part d’une histoire personnelle, même si ce livre est bien plus biographique qu’autobiographique. Tout comme celle du protagoniste, des événements concomitants m’ont effectivement fait prendre conscience que la vie était courte. Ce roman n’est aujourd’hui plus lié directement à cela, mais demeure une exhortation à vivre. Adam, le personnage principal, est un symbole de cette génération de trentenaires qui vivent sans but, passent à côté de la réalité de leur rêve. Ce livre est universel en cela : nous sommes tous confrontés à la mort. Que feriez-vous si vous n’aviez plus que sept jours à vivre ? Pour ma part, j’essaie de faire cela tout le temps, ne pas avoir de regret. Parce que j’ai été confrontée à la mort - même s’il ne s’agissait pas de la mienne, il a fallu essayer à tout prix d’en faire quelque chose de beau. Je m’attache simplement à ne pas oublier. Faire ce que j’aime le plus souvent possible, dire aux gens que j’aime, que je les aime, justement. Quitte à être chiante.

 

 

EVERMAGAZINE : Adam prononce cette phrase : « Mon culte de la beauté était une forme de conscience de ma finitude. La cosmétique repousse la mort, promesse de vie éternelle, d’éternelle jeunesse ». Sa beauté est-elle devenue son principal atout, ce vers quoi sa vie tend ?
 

L.A. : On nous vend qu’il faut être beau à tout prix, pour réussir, se faire des amis etc. Et lui a acheté ce concept, puisqu’il était à vendre. Cela peut devenir à la fois sa plus grande force et sa plus importante faiblesse. On présuppose que s’il est beau, il ne peut être également intelligent, qu’il ne peut pas tout avoir. Or, il a les deux, et ces deux atouts peuvent être perçus comme extrêmement dangereux. Mais peuvent aussi être une façon d’obtenir toujours plus. Plus de maîtresses, de voitures… Sa quête de bonheur devient une quête d’insatisfaction permanente.

Pour ce qui est de la cosmétique, n’est-ce pas devenu un nouveau mirage, la nouvelle promesse de vie éternelle ?

 

 

EVERMAGAZINE : Votre livre est aussi un parcours de l’esprit, avec un revirement particulièrement intéressant, à la fin. En chemin, pendant ces 7 jours, Adam troque-t-il sa beauté physique contre une beauté de l’âme ? Même si le terme est un peu facile ?
 

L.A. : À mon sens, nous sommes créateurs de notre propre vie, et l’on peut au contraire faire le choix de vouloir peu, d’arrêter cette course à toujours plus. Sans parler d’ascétisme, il est possible de créer son propre bonheur, à travers l’émotion. C’est ce que je fais, par exemple, à travers la peinture. L’émotion est fugace, mais voilà le type de souvenir que l’on conserve durablement. Plus que du plaisir à l’achat du dernier IPhone, par exemple. Ce que j’essaie de dire dans ce livre, sans être dogmatique, c’est cela, une autre façon de voir les choses. Non pas que faire à la place, à cela, je n’ai pas de réponse, si ce n’est pour moi - à chacun de trouver la sienne.

 

 

EVERMAGAZINE : Vous êtes peintre et vous publiez donc aujourd’hui un roman, en plus d’être directrice juridique. Comment tout cela se mêle-t-il dans votre vie ?

 

L.A. : À la base, c’est vraiment l’écriture. Si j’avais des velléités artistiques, elles se situaient à ce niveau-là. La peinture a été une surprise dans ma vie, liée à l’accident de ma sœur, qui m’a laissée littéralement muette. Et par conséquent incapable d’écrire. M’annoncer que j’allais devenir peintre, il y a trois ans, cela aurait été comme de me dire que j’allais être cosmonaute.

J’ai fait du droit parce que j’étais anarchiste, en tant qu’utopie. Je souhaitais apprendre ce que je jugeais. Le droit, en outre, est extrêmement créatif : on apprend perpétuellement à contourner la règle. C’est un métier, enfin, qui permet de rencontrer une grande variété de personne.

Mais tout à un lien : mon travail de plasticienne s’apparente à ce que je nomme « poéture », un mélange d’écriture et de peinture. Le but est de figurer par les mots ce que j’exprime dans mes toiles abstraites, de sortir de cet art contemporain parfois un peu incompréhensible. Mais cela ne reste que quelques mots, un titre qui laisse de la place à l’interprétation. Et en un sens, c’est aussi ce que j’ai essayé de faire dans mon livre. Parce que le langage peut sembler plus réducteur qu’un tableau, bien plus « infini », j’ai essayé d’y ajouter de la musique et de dépeindre quelque chose, pour relier tous ces médiums.

Pour résumer, je suis une goûteuse de vie : je ne suis pas sûre de faire tout bien, mais j’essaie de faire ce que j’aime.

 

 

EVERMAGAZINE : Votre travail relève du champ intime, personnel. Mais votre peinture est également brute, faite d’éléments naturels, de végétaux… Pourrait-on résumer cela par une alliance de féminin et de masculin ?
 

L.A. : Je suis effectivement assez « masculine », même si je réinvestis peu à peu ma féminité. Ce shooting en est la preuve (rires). J’ai ressemblé à un garçon pendant des années. Je construisais des abris anti-atomiques dans les jardins et jusqu’à l’âge de 14/15 ans, on m’appelait jeune homme. J’ai un métier, également, extrêmement masculin, qui m’oblige à trouver une énergie particulière. Je me souviens d’une de mes premières expériences en tant qu’avocate : je devais négocier les 35h dans une usine de métallurgie.

La jonction entre les deux, à mon sens, c’est l’humour, qui est universel. J’essaie d’être drôle. J’ai essayé de rendre mon livre drôle, pour alléger la pression de ce sujet si lourd.

 

EVERMAGAZINE : Après l’écriture, pensez-vous à d’autres formes d’expression possibles ? Des projets ?

 

L.A. : J’ai une guitare dans mon salon. Mais mon professeur est au bord du suicide (rires). Plus sérieusement, j’aimerais adapter ce roman en film, en faire un scénario, avec l’aide de quelqu’un cette fois. Car il faut reconnaître que certaines choses peuvent aussi demander certaines compétences. Pour cette raison sans doute, je ne me sens pas incluse dans le milieu littéraire comme je ne me sens pas intégrée dans le « milieu des peintres ». Je fais les choses de manière extrêmement spontanée. Comme un électron libre.

Et puis écrire un second livre, pour le coup plus doux, plus « féminin ». Il aurait comme titre, provisoire, Le bon dieu n’a pas d’ailes. Il parlera d’une autre quête spirituelle, d’une femme que sa grand-mère force à vivre certaines expériences, à travers de fausses dernières volontés.

 

... Et vous, que faites-vous ? Je sais bien que c’est une interview, mais …

 

 

 

En actualité ?

La sortie de mon premier roman « De mort et d’eau fraîche », aux éditions Kirographaires. Le teaser c’est « que feriez-vous s’il vous restait 7 jours à vivre ? Et vous, qu’avez-vous fait de votre vie ? » Je n’en dirai pas plus ! A télécharger pour lire sur votre iPad. Par ailleurs, plusieurs expositions sont programmées.

AUDIBERT for EVER MAGAZINE - ©Layticia Audibert /// EVER MAGAZINE 2012

En Home Beauty ?

Je suis une acheteuse compulsive, j’achète et deux jours après j’oublie. Je n’ai aucune discipline cosmétique ! En revanche, je suis fidèle à la marque Payot, dont j’utilise régulièrement les soins pour les yeux, le gommage corps et l’huile précieuse Elixir. Je crois en leur promesse et je craque pour les packagings.

- Pour mes cheveux, j’utilise la crème masque et le sérum de Phyto.

- Je ne sors jamais sans mon mascara (Architecte de l’Oréal) et un rouge à lèvre Invincible de l’Oréal, avec un contour des lèvres M.A.C n°5.

- Pour les yeux, j’utilise du Khôl oriental acheté au Maroc. Mais Arcancil en fait un parfait, également. En ombre à paupières, le n°54 de Bourjois.

 

Erreur de jeunesse ?

J’ai mué vers 14 ans. Dans un lycée avec 4 filles pour 200 garçons ! Je me trouvais moche, alors je me suis coupé les cheveux, j’ai décoloré le tout et j’ai doublé d’une permanente. Conclusion, on aurait dit Madonna dans sa pire période ! Ca à fait son effet sur les garçons, mais j’ai vite repris ma couleur naturelle.

 

En forme ?

Je fais de la natation avec palmes, trois fois par semaine. Ça muscle exactement là où il faut et on peut se faire le revival du grand bleu avec un mp3 amphibie !

En héritage, je n’aurais pas ce visage si

Je n’avais pas de joie de vivre. C’est ce qui me donne un air malicieux. J’ai l’œil vif, illuminé, à l’affut, je ris tout le temps. Je réalise ma chance d’être en vie et je suis créatrice de cette vie.

 

Propos recueillis par Marie Munoz

Et Lucille Dupré

 

 

Crédits Editoriaux

Photographe
Dan Carabas

Make-up
Aya Fujita

 

Crédits Cosmétiques

Fond de teint Armani
Poudre Chez Mac
Blush Chez Mac et Mary Quant
Les lèvres Chez Dior
Mascara Dejavu (produit japonais)

Interview Cosmétique
Marie Munoz

 

 

Retrouvez les œuvres de Layticia Audibert sur www.layticiaaudibert.com