Lettre pour une Renaissance 3 - ©Lucas Grisinelli /// EVER MAGAZINE 2013

La Renaissance approche. Et notre enquête touche à sa fin. Nous avons suivi scrupuleusement la lettre de l’artiste et poète Julien Isoré, marché dans ses pas et rencontré tour à tour le photographe «explorateur» Lucas Grisinelli et le «bâtisseur» Sébastien Belgodère.
 
Nous avons observé le cycle des saisons, scruté le mécanisme absurde de notre éternel Renaissance. La question que pose à ce stade Julien Isoré est la suivante : lorsque l’on renaît, quelle forme prenons-nous ?
 
Quelle est cette créature que l’on devient alors ?

Lettre pour une renaissance - ©Laëtitia Laguzet /// EVER MAGAZINE 2013

Je rentre chez moi et il fait nuit. La fée s’est cassée la gueule et je suis toujours un embryon : un être en devenir à l’image d’un monde qui muterait sans cesse pour éclore dans le chaos ; sans jamais se définir vraiment lui même.

 

On ne peut jamais savoir si cette belle larve que nous sommes deviendra une jolie libellule ou une grosse mouche à merde.

 

On ne peut jamais savoir si ce que nous faisons est un étirement de l’abdomen ou un grossissement.

 

On a beau avoir conscience de l’avancée et du chemin, on ne connaît jamais l’arrivée.

 

C’est alors qu’emmener dans la turbine du temps je subis la mécanique des cases. Je cherche la fée, une autre, celle qui me montrera la libellule.

Lettre pour une renaissance - ©Laëtitia Laguzet /// EVER MAGAZINE 2013

Taxi, Avion, Taxi.

 

Je marche et je vois alors le néant danser avec le pavement des rues et former ainsi le sol lourd de la scène : Je suis à Lisbonne. Cette route, écaille du géant serpent, me fait glisser sur la mélancolie. Je me vois ainsi lancer deux grands cercles au dessus de ma tête, l’un pour cet espoir comique, l’autre pour cette fatalité redoutable. Un tourbillon se forme et je cherche au beau milieu la fée bleue comme celle qui a transformé la marionnette en véritable petit garçon.

 

Ne regardant plus la route, car absorbé par le mouvement des paradoxes au dessus de mon crâne, je ne vois pas sous mes pas la fracture naissante et je tombe. Je m’enfonce alors dans un tube. Et j’amerais à nouveau dans la fiole de pan.  Mon heure approche. Si ça se trouve la libellule c’est moi et je sens que c’est pour maintenant. Il y a,  de l’autre coté de la paroi de verre, des grands yeux brillants qui me regardent. Laëtitia me sort du flacon. Je suis une fleur rouge.

Lettre pour une renaissance - ©Laëtitia Laguzet /// EVER MAGAZINE 2013

Cette fée, ces «deux grands yeux brillants» qui regardent Julien Isoré, c’est Laëtitia Laguzet. Doctorante en histoire de l’art, photographe, vidéaste mais aussi musicienne à ses heures, elle est l’auteur d’une vidéo que nous vous présentons ici de façon inédite. Il s’agit de l’extrait de son dernier film, en cours de réalisation, Rêves, extrait qu’évoque notre poète dans sa missive par cette image finale de rose.